Équipe nationale – Le vide des cadres ou les prémices d’un nouveau projet de jeu ?


Le Sénégal a disputé les deux premières journées des qualifications à la CAN 2027 avec un bilan d’une victoire et d’un nul face au Mozambique (1-1) et à l’Éthiopie (1-0). Pour ses premières sorties à la tête des Lions, Patrick Vieira n’a pas encore totalement convaincu, avec des prestations largement discutées par le public, du choix du onze au contenu proposé sur le terrain. Entre l’absence de plusieurs cadres et la mise en place d’un nouveau projet de jeu, le Sénégal cherche encore son identité.
Du Mozambique à l’Éthiopie, les prestations ont suscité de nombreuses critiques, tandis que le sélectionneur assume une équipe encore en construction.
Une page qui se tourne
Au lendemain de la désillusion de la Coupe du monde, avec une élimination en huitièmes de finale, l’équipe nationale du Sénégal a traversé une période mouvementée. Les performances de certains cadres ont été questionnées et les relations entre le sélectionneur d’alors et certains joueurs et fédéraux ont également alimenté les débats. Une page semblait devoir se tourner.
La publication de la première liste de Patrick Vieira a confirmé cette transition. Édouard Mendy a pris sa retraite internationale, Sadio Mané était absent en raison de pépins physiques, tandis que Krépin Diatta et Pathé Ciss n’ont pas été retenus, sur décision du nouveau sélectionneur, Iliman Ndiaye et Ismaila Sarr suspendus.
Le changement était donc inévitable. Pour la première fois depuis plusieurs années, le Sénégal allait devoir composer sans plusieurs de ses habitués et, surtout, sans une charnière centrale qui avait longtemps constitué l’un des principaux repères de la sélection. Pour son baptême du feu, Vieira a donc choisi un onze largement remanié : Gana Gueye et Kalidou Koulibaly sur le banc. Une équipe nouvelle sur plusieurs secteurs, à l’exception d’un milieu de terrain où Pape Gueye, Pape Matar Sarr et Lamine Camara ont de nouveau été associés.
Face au Mozambique, les premiers doutes sont apparus. Le Sénégal s’est procuré des occasions, mais a manqué d’efficacité. Derrière, le collectif a parfois semblé manquer de sérénité et Yehvann Diouf a lui aussi dû s’employer. Au final, les Lions ont concédé le nul (1-1), malgré une prestation qui a laissé un goût d’inachevé.
Patrick Vieira ne l’a d’ailleurs pas caché. « Il y a évidemment des regrets. Je pense qu’on méritait mieux sur la première période. Mais, malheureusement, ça prouve qu’il y a des axes d’amélioration. On doit continuer à travailler, parce qu’on savait que tout n’allait pas être parfait sur ce match. On a identifié les manquements et on va les combler avec le travail. C’était important de poser des fondations. Au niveau de l’attitude et sur la prestation des joueurs, on est sur la bonne voie », expliquait-il après la rencontre.
Des fondations, justement. Le mot est important.
Un projet encore à construire
Après Maputo, le Sénégal a pris la direction d’Addis-Abeba avec l’objectif de montrer un autre visage. À la veille de la rencontre, Vieira insistait notamment sur les conditions de jeu, mais aussi sur la nécessité d’augmenter l’intensité et de concrétiser les occasions. « On a une organisation qui va nous permettre de jouer avec beaucoup d’intensité, d’augmenter l’intensité de notre dernier match et de concrétiser ces occasions qu’on s’est créées contre le Mozambique. Il est important pour nous de faire un bon match, un match complet », annonçait-il.
Le résultat sera au rendez-vous, pas forcément la manière. Face à l’Éthiopie, Vieira a expérimenté un 3-4-3. Le Sénégal a rapidement trouvé la faille, dès la 11e minute, mais n’a jamais véritablement réussi à installer une maîtrise durable sur la rencontre. Jeu décousu, équipe parfois déséquilibrée, difficultés à conserver le ballon et à transformer les situations offensives : les Lions ont surtout dû s’appuyer sur leur capacité à résister.
Et dans cette résistance, Yehvann Diouf a pris une place importante. Le gardien a réalisé plusieurs interventions décisives et s’est retrouvé parmi les joueurs les plus en vue d’un collectif qui, par moments, semblait encore chercher ses repères.
Même l’entrée d’un cadre comme Gana Gueye est venue apporter une forme de stabilité au milieu. Avant son entrée, le plus capé de la tanière avait reçu des consignes qui en disent long sur ce que le staff attendait alors de son équipe. « Les consignes du coach avant mon entrée, c’était de poser le ballon, gagner plus de sérénité et ne pas subir le jeu. Ce n’était pas un match facile. On félicite tout le monde, le staff », confiait-il après la rencontre.
Une déclaration qui résume finalement une partie des difficultés observées : le Sénégal a parfois semblé manquer de contrôle et de sérénité dans le jeu.
Des résultats, mais une identité encore floue
Le Sénégal repart néanmoins d’Éthiopie avec une victoire (1-0). Quatre points pris sur six permettent aux Lions de rester dans une dynamique positive sur le plan comptable. Mais les critiques du public portent davantage sur le contenu proposé.
Le nouveau sélectionneur, lui, parle d’un processus. « Il y a un nouveau projet de jeu qui est en train de se mettre en place. Tout ne sera pas parfait, tout n’a pas été parfait. Mais on a quand même beaucoup d’indications par rapport aux axes de progression qu’on doit avoir », a reconnu Vieira.
Le technicien français identifie également les secteurs dans lesquels son équipe doit progresser, notamment dans les temps forts et les temps faibles. « Maintenant, il y a des choses qu’on doit améliorer : la gestion de ces moments forts et de ces moments faibles. Mais encore une fois, je pense qu’on peut être plus agressifs dans cet aspect offensif pour concrétiser les occasions qu’on est en train de se créer. Mais globalement, je suis satisfait de la façon dont on a géré ces moments faibles », a-t-il ajouté.
Le constat est donc posé par le principal intéressé : le Sénégal n’est pas encore arrivé au point où Vieira souhaite l’emmener.
Reste à savoir quelle part de ces difficultés revient au changement de cycle et quelle part relève directement de la mise en place du nouveau projet de jeu.
Car les absences ne sont pas anodines. Édouard Mendy, Sadio Mané, Krépin Diatta, Pathé Ciss, mais aussi plusieurs autres habitués indisponibles ou non convoqués, représentent des années d’expérience internationale et des automatismes construits au fil des campagnes.
Dans le même temps, les nouveaux principes demandent du temps. Changer une organisation, modifier les habitudes avec le ballon, installer de nouveaux automatismes et donner des responsabilités différentes à certains joueurs ne peut pas se faire en quelques rencontres.
Les Comores comme premier nouveau test
Le prochain rendez-vous, face aux Comores à Marseille le 4 octobre, pourrait apporter de nouveaux éléments de réponse. Même s’il reste un match amical.
Patrick Vieira pourra notamment compter sur le retour d’Ismaïla Sarr et d’Iliman Ndiaye, suspendus lors des précédentes rencontres. Des profils offensifs capables d’apporter davantage de solutions dans les un-contre-un et dans les derniers mètres, justement l’un des secteurs que le sélectionneur souhaite voir progresser. Ce match sera aussi l’occasion d’observer si le retour de certains cadres et habitués permet au Sénégal de retrouver davantage de repères, tout en poursuivant la mise en place du projet voulu par Vieira.
Après deux rencontres officielles, une certitude demeure : le Sénégal est en transition. Les résultats sont là, mais le contenu reste perfectible. Les cadres manquent, les nouveaux visages doivent encore prendre leurs marques et le projet de jeu est toujours en construction.
Alors, le Sénégal souffre-t-il principalement du vide laissé par certains de ses cadres ou est-il simplement dans les premières étapes d’un nouveau cycle ? Pour l’instant, les deux réalités semblent coexister. Et à Marseille, face aux Comores, le Sénégal aura une nouvelle occasion de commencer à leur apporter une réponse.
wiwsport.com




