Appel, extradition, quelle suite judiciaire pour les 18 supporters sénégalais condamnés au Maroc ?


À la suite des condamnations prononcées ce jeudi par la justice marocaine contre les 18 supporters sénégalais pour des actes de vandalisme lors de la finale de la CAN 2025, la question d’une possible demande d’extradition par le Sénégal émerge dans les débats publics et diplomatiques.
Ces sentences, allant de trois mois à un an de prison ferme, ont suscité une vague d’indignation au Sénégal, où l’on perçoit souvent ces sanctions comme disproportionnées et teintées de rancœur post-défaite. Alors que des voies alternatives comme l’appel judiciaire ou encore des négociations bilatérales prennent le pas, l’on se demande si une demande d’extradition de la part des autorités n’est possible.
Les 18 supporters, arrêtés le 18 janvier dernier lors de la finale remportée par le Sénégal face au Maroc (1-0) au stade Mohammed V de Rabat, ont été condamnés ce jeudi 19 février par le tribunal de première instance de la capitale marocaine, selon le code pénal du royaume chérifien. Neuf d’entre eux écopent d’un an de prison et d’une amende de 325.000 FCFA, six autres de six mois et 125.000 FCFA, tandis que les trois derniers se voient infliger trois mois et 75.000 FCFA.
Les accusations portent sur des violences contre les forces de l’ordre, des dégradations d’équipements sportifs, des jets de projectiles et une tentative d’invasion de la pelouse, survenus après un penalty controversé accordé au Maroc en fin de match. Depuis quelques heures, ce verdict est qualifié « d’injustice » par de nombreux observateurs et familles des détenus. La défense a immédiatement annoncé un appel, arguant d’une absence de preuves solides et d’une procédure expéditive. En attendant, les supporters restent incarcérés au Maroc, amplifiant les appels à une intervention de l’État sénégalais pour leur rapatriement.
L’extradition ? Une possibilité complexe ou inopportune
L’idée d’une demande d’extradition par le Sénégal pour ramener ces citoyens chez eux fait surface sur les réseaux sociaux. Mais en droit international, l’extradition – qui consiste à transférer une personne poursuivie ou condamnée d’un État à un autre – n’est pas adaptée à ce cas.
D’abord, les traités bilatéraux entre le Sénégal et le Maroc ne prévoient pas explicitement l’extradition pour des infractions de droit commun comme le vandalisme, surtout lorsque les faits ont été commis sur le territoire marocain et jugés localement. « L’extradition s’applique généralement avant un procès ou pour des crimes graves comme le terrorisme ou la corruption, pas pour des peines courtes liées à des troubles sportifs », explique un expert en droit international consulté pour cet article. De plus, le Maroc, en tant qu’État requérant, n’a aucune obligation d’accéder à une telle demande, particulièrement dans un contexte où les autorités locales insistent sur la gravité des incidents.
À ce jour, aucune déclaration officielle du gouvernement sénégalais n’évoque une demande d’extradition. Les recherches sur les communiqués du Ministère des Affaires étrangères ou de la Présidence ne révèlent pas d’initiative en ce sens, confirmant que cette option reste hypothétique.
Des alternatives diplomatiques et judiciaires en vue
Plutôt que l’extradition, les efforts pourraient être axés sur des mécanismes plus accessibles. La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) a affirmé que « l’État du Sénégal est pleinement mobilisé à cet effet, au plus haut niveau » pour dialoguer avec les autorités marocaines et garantir des conditions de détention dignes.
Des négociations bilatérales pourraient aboutir à une grâce royale – une prérogative du Roi Mohammed VI – ou à un transfert de peine, permettant aux condamnés de purger le reste de leur sentence au Sénégal, conformément à des conventions internationales comme celle de Strasbourg de 1983 sur le transfèrement des personnes condamnées. « Le Sénégal et le Maroc entretiennent des relations fraternelles historiques, renforcées par des liens économiques et culturels solides. Une solution diplomatique semble plus probable qu’une confrontation judiciaire », rappelle un analyste politique basé à Dakar.
Pour l’heure, l’appel judiciaire reste la priorité, avec une audience potentielle dans les prochaines semaines. Si les peines sont confirmées, la pression diplomatique pourrait s’intensifier, ouvrant la porte à un rapatriement humanitaire. Mais une extradition formelle ? Peu probable, tant elle risquerait de compliquer les relations bilatérales sans garantie de succès.
wiwsport.com




